Chronique : Pierre Ducrozet, « Eroica »

Pierre Ducrozet, Eroica, Les Rivages d'Onitsha

Chronique : Pierre Ducrozet, « Eroica »

Chronique du roman « Eroica » :

On a écrit, ici même, tout le bien qu’on pensait de L’invention des corps de Pierre Ducrozet, publié en 2017. La publication en poche d’Eroica est l’occasion de revenir sur cette œuvre publiée en 2015 chez Grasset et Fasquelle. Bien que leur objet soit complètement différent, on est frappé par ce qui constitue sans doute des lignes de force du travail littéraire de Pierre Ducrozet.

On pense d’abord à un regard acéré sur la (post-) modernité, technologique dans L’invention des corps, artistique dans Eroica. En lien sans doute avec cette modernité, et avec l’âge de l’auteur, une attention vive portée à des héros jeunes, en rupture avec quelques unes des conventions sociales, culturelles, des générations précédentes et, dans un même mouvement, proie des prédateurs qui, du monde ancien au nouveau monde font la loi, dans le domaine de la recherche et du marché technologique comme dans le marché de l’art.

En cela, les personnages sont bien des héros au sens le plus classique du terme, qui combattent jusqu’à la mort des forces qui finalement les dominent. Eroica, emprunté au nom donné à la 3e symphonie de Beethoven, dédiée à un grand homme, est un titre représentatif de ces personnages combattants, tels Jean-Michel Basquiat, qui fut poète, grapheur, musicien et peintre, étoile filante de l’art underground des années 80. L’épigraphe qui lui est emprunté le confirme, s’il en était besoin : « Je peins les rues, les rois, les héros ». On comparait L’invention des corps à une symphonie. Eroica tient plutôt de l’esthétique punk.

On pense ensuite à l’adéquation de l’écriture à son sujet. Ardente, heurtée, elle suit le rythme infernal de la création artistique dévorante ou de la frénésie sexuelle, comme la torpeur des moments d’ivresse provoqués par de multiples produits.

L’oralité est fréquente (Faut voir, titre du premier chapitre, donne le la), les phrases, les propositions se juxtaposent, sans mots de liaison, comme un montage cut de plans cinématographiques, et le lecteur est ainsi immergé dans les instants et les perceptions qui sont évoqués : « On entend les pas de Sarah. Elle est dans le salon à présent. Elle a croisé le regard, elle a eu un moment de recul quand elle a vu la chose. Elle s’approche. Elle voit les couleurs. Les traits vifs, les décharges multiples, les angles secs, tout ce crane pelé lui fait mal. Elle pose sa main devant sa bouche. Ce garçon. Jay se retourne. Sarah secoue la tête. Ce garçon. Ce garçon est fou. »

Avec Pierre Ducrozet, pas une once de pathos, pas une seule concession au langage convenu. Du SIDA, il ne sera pas question, ni du sarcome de Kaposi. Bien plus puissante sans doute est la manière de l’évoquer, dans l’urgence du présent vécu par Jay : « Au début, il n’y en avait que quelques unes, une dans le cou, une autre sur le genou, pas grand chose. Il pensait pas. Il essayait de pas regarder. Une nouvelle est apparue ici. Une autre là. Aujourd’hui, les plaies noires lui recouvrent le visage, la poitrine et les jambes ».

On est donc à mille lieues du biopic ou de la fiction biographique convenue. Pour faire vivre au lecteur le parcours météoritique de Basquiat, Pierre Ducrozet invente une écriture littéraire à l’image de son objet.

Retrouvez ce livre chez Les Rivages d’Onitsha (librairie Roanne)

Pour découvrir cet ouvrage, de Pierre Ducrozet, qui retrace le parcours de Jean-Michel Basquiat, l’un des plus grands peintres du XXe siècle, dans le New York artistique des années 80, contactez, dès à présent, Les Rivages d’Onitsha, à Roanne.

Mots-clés supplémentaires

  • Les Rivages d’Onitsha Roanne
  • Librairie Roanne
  • Jean-Michel Basquiat
  • Création artistique
  • Écriture littéraire
  • Héros
  • Marché de l’art
  • Prédateurs

Editions Actes Sud, Babel, 2017, ISBN 978-23-300-9694-6, 8.50€

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *