Chronique Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme »

Kamel Daoud, Le peintre dévorant la femme, Les Rivages d'Onitsha

Chronique Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme »

Chronique du roman « Le peintre dévorant la femme » :

Parmi les idées reçues sur Picasso, si l’on en croit Isabelle de Maison Rouge, auteure de l’ouvrage consacré au peintre dans la collection Idées reçues publiée par Le Cavalier bleu, « Picasso était un obsédé sexuel », « Picasso était un monstre avec les femmes et sa famille », « il mélangeait constamment sa vie et son œuvre ».

Le lecteur qui découvre le titre du dernier ouvrage de Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme », écrit à la suite de sa nuit passée au musée Picasso, ne peut manquer de faire le lien entre ces idées reçues et ce titre.

Mais il aurait tort de s’en tenir là, car l’ouvrage de Kamel Daoud propose une réflexion passionnante sur l’œuvre du peintre, notamment celle présentée dans le cadre de l’exposition temporaire intitulée Picasso 1932, année érotique, mais aussi, plus largement, sur l’érotisme, sur l’art, et sur la perception que peuvent en avoir des hommes venus comme lui du sud de la Méditerranée, porteurs d’une autre tradition culturelle.

Dans le face à face entre l’œuvre du peintre et l’écrivain, qui donne vie aussi à un personnage fictif, Abdellah, se joue le dialogue difficile, voire impossible, entre deux visions de Dieu, du monde, de l’homme et de la femme.

Kamel Daoud offre à ceux qui ont visité l’exposition une lecture riche des œuvres exposées. On retiendra tout particulièrement les analyses portées sur Le rêve, Le nu couché à la mèche blonde, La dormeuse au miroir ou Femme assise près d’une fenêtre.

L’auteur semble pénétrer le mystère de leur élaboration, fruit de la relation érotique du peintre au milieu de sa vie avec la jeune Marie-Thérèse Walter. Plus largement, il offre une réflexion sur l’érotisme et l’art, associant étroitement Eros et Thanatos dans le cannibalisme amoureux.

Sa pensée débouche sur la distinction entre ceux qui sont nés du vers et ceux qui sont nés du verset, ceux dont la religion monothéiste est un appel constant à la représentation, à la luxuriance artistique des corps en majesté, et ceux dont la religion monothéiste est un appel constant à l’épure du désert, au dialogue sans écran de représentation humaine entre le désert et le ciel.

On en vient donc à mieux comprendre pourquoi une forme de syncrétisme chrétien peut conduire à mêler dans les peintures couvrant les monastères roumains saints et philosophes de l’antiquité grecque, alors qu’une forme absolue d’intégrisme musulman pousse à éradiquer toute trace du passé précédent la révélation, ces traces étant nécessairement impures et imparfaites.

On pourrait se dire qu’on est là bien loin de Picasso et de son modèle féminin. Et pourtant non : en abolissant la censure du sexe, dont le dogme catholique de l’Immaculée conception est une figure raffinée, le peintre transforme son modèle en la sexualité achevée associant étroitement en son sein comme sur la toile l’homme et la femme.

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Editions Stock, Ma nuit au musée, octobre 2018, ISBN 978-22-340-8373-8 , 17€

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