Chronique : René Guitton, « Arthur et Paul, la déchirure »

René Guitton, Arthur et Paul la déchirure, Les Rivages d'Onitsha

Chronique : René Guitton, « Arthur et Paul, la déchirure »

Chronique du roman « Arthur et Paul, la déchirure » :

En 1995, Gallimard publiait Verlaine d’ardoise et de pluie de Guy Goffette, dans sa collection L’un et l’autre, destinée à des « récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle ». L’auteur écrivait : « Parce qu’un poète, c’est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et traînant dans sa langue une terre d’exil, un paradis d’échos ». En entament la lecture de Arthur et Paul, la déchirure, on peut se demander à combien de lieues de la biographie traditionnelle se tiendra l’auteur, et si son récit confirmera l’idée qu’ « un poète, c’est toujours un pays qui marche ».

En refermant le livre, le lecteur a trouvé la réponse à ses interrogations initiales, et à quelques autres survenues en cours de lecture. Chaque chapitre est physiquement situé : 4 à Londres, 5 à Mons et 6 à Stuttgart, auxquels s’ajoutent un chapitre à Charleville et un autre hors les murs (de la prison de Mons). Mais le pays « d’ardoise et de pluie » de Paul est bien présent aussi, avec Fampoux, le pays de sa mère, le brouillard des Flandres « entre fumées lointaines et frimas cotonneux ».

René Guitton évoque tout autant ce que Londres représente pour les deux poètes, qui « repartaient vers d’autres escales pour étancher d’autres soifs et pester contre les rétrécis, les mesquins, les pisse-vinaigre et les culs serrés, criant non à la ratatinisation du monde ». « Pour Arthur, cette Londres-là, c’est Babylone et Byzance à la fois ».

Le roman de René Guitton se tient loin de la biographie conventionnelle, loin aussi de la posture équidistante qu’elle supposerait avec ses sujets. Si on suit le parcours spirituel de Paul, enfermé à Mons, puis libéré, désireux de revoir Arthur, on approche essentiellement Arthur à travers le regard d’un pasteur luthérien allemand qui l’a rencontré à Londres puis convié à Stuttgart.

Tout se passe comme s’il était plus facile de faire partager l’évolution de Paul que d’éclairer celle d’Arthur, irréductible à des processus de rédemption, de rachat, de conversion, de ratatinisation qui marquent le parcours en apparence édifiant de Paul. Leur combat final, dans la boue des bois de Stuttgart, illustre une dernière fois la passion qui les a unis, et le caractère irréconciliable de leur parcours : « tu te trompes, pauvre Lélian. Tu crois m’avoir connu. Mais « Je » d’hier était un autre, et tu n’es plus celui que j’ai admiré ». Lucidité implacable d’Arthur, qui est déjà ailleurs, au delà de la poésie, et qui confie ses derniers écrits à Paul.

On pourra penser qu’il est plus facile pour un auteur engagé dans le dialogue interreligieux de rendre compte du cheminement spirituel de Verlaine que de la quête éperdue de liberté et d’ailleurs de Rimbaud.

On notera le parti pris de la quatrième de couverture opposant Paul qui « cherche l’apaisement dans l’illumination religieuse » à Arthur qui « s’étourdit dans son errance marginale ». S’agirait-il ici de rassurer la bonne conscience de lecteurs qui pourraient être réticents à entrer dans cette « épopée sulfureuse » ? Mais le déséquilibre de cette approche des deux protagonistes protège aussi le mystère rimbaldien, qui est nécessairement opaque pour le pasteur luthérien médiateur du récit concernant Arthur.

La lecture de l’ouvrage permet au final de mieux comprendre la déchirure entre les deux hommes, partageant d’abord une même révolte sociale et poétique et une même passion amoureuse, mais que sépare ensuite la soif absolue de liberté de l’un se heurtant à la conversion de l’autre.

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Editions Robert Laffont, août 2018, ISBN 978-22-212-1795-5, 19€

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