Chronique Pierric Bailly, « L’homme des bois »

Pieeric Bailly, L'homme des bois, Les Rivages d'Onitsha

Chronique Pierric Bailly, « L’homme des bois »

Chronique du roman « L’homme des bois » :

Certains de nos meilleurs écrivains savent aussi évoquer mieux que personne le terroir qu’ils reconnaissent pour leur. On pense comme exemple emblématique à Pierre Bergounioux évoquant les eaux, les terres et les reliefs du pays de Brive. De Pierric Bailly, on retiendra aussi qu’il écrit le Jura, ses villages, ses reculées, ses forêts, ses entreprises de bois et de plastique, sa sociabilité, ses luttes sociales et environnementales, avec un trait on ne peut plus juste. L’homme des bois est aussi en quelque sorte un dictionnaire amoureux du Jura.

On commence par là, parce que, si ce récit respire le Jura, son cœur battant est la relation posthume si forte qui unit un père à son fils, par delà la mort brutale du premier. Ce qui en fait la force, c’est qu’il n’y a rien durant leur vie de fusionnel entre eux, plutôt une forme de distance – le fils n’a pas réalisé les espérances de son père.

Mais la mort brutale change tout. Le fils cherche à faire vraiment connaissance avec son père. D’une part en dessinant mieux qui il fut, à travers tout ce qu’il découvre amassé dans son appartement au long de sa vie, interrompue avant l’âge de la retraite : débordant des placards et des étagères, cahiers, chemises, dossiers, journaux, disques sont autant de traces de ce que furent la vie de son père, sa vie intérieure, ses goûts, ses rêves, ses idéaux, ses désirs, si mal connus des autres. D’autre part, en roulant dans la voiture de son père sur les itinéraires qui étaient les siens et en empruntant les chemins qu’il a pris et l’on conduit à une chute mortelle dont la courte enquête de gendarmerie a conclu qu’elle fut absolument accidentelle.

Ainsi reviennent en mémoire des souvenirs oubliés de quelques bons moments partagés à La Frasnée ou au palais du Facteur Cheval. Cela commence dès l’annonce de la mort du père, et le narrateur relate comment il a vécu les rencontres avec les gendarmes, le médecin, l’impossibilité, au bout du compte, de voir le corps de son père, la rédaction de l’avis de décès, les coups de fils pour annoncer le décès, et l’organisation de la cérémonie de crémation. Le fils se fait un devoir d’être strictement fidèle aux volontés de son père, ne surjouant pas, mais se refusant à tout compromis par rapport aux opinions et aversions paternelles. Et, au moment de la dispersion des cendres, la nature semble être au diapason de l’émotion des participants.

C’est sans doute à l’occasion de cette mort subite que Pierric Bailly devient vraiment le fils de son père, du moins son orphelin.

Cette tonalité personnelle  est une dimension forte de ce récit : il s’agit pour l’auteur de la mort de son père, et il nous fait partager une page de sa vie intime et de celle de son père. On pense encore à Pierre Bergounioux écrivant L’orphelin après le décès du sien.

Mais ces rapprochements ne sont pas ceux de deux écritures personnelles bien distinctes. Celle de Pierric Bailly peut être d’une sobriété extrême, dans une forme d’oralité « C’est encore loin d’être terminé. Disons que ça avance », mais aussi plus complexe, pour évoquer un aspect compulsif du comportement de son père : « Il s’est abonné à toutes sortes de revues, littéraires, médicales, touristiques, politiques, musicales, dont il recopiait des pages entières, toujours à la main, au stylo plume, un de ceux qu’il avait fabriqués lui-même, et il archivait ces feuilles blanches A4 qu’il perforait et dont il consolidait les trous avec des œillets dans des classeurs auxquels il ne retouchait pas ».

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Editions Gallimard Folio, POL Fiction, octobre 2018, ISBN 97-82-072-7934-00, 10€

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