Chronique Marceline Loridan-Ivens, « L’amour après »

Marceline Loridan-Ivens, L'amour après, Les Rivages d'Onitsha

Chronique Marceline Loridan-Ivens, « L’amour après »

Chronique du roman « L’amour après » :

Elle a publié ce livre l’année même de sa mort. Actrice, scénariste, réalisatrice, celle qui fut la compagne et collaboratrice de Joris Ivens, fut d’abord une jeune déportée revenue de l’enfer des camps nazis. Retrouvant à 89 ans sa « valise d’amour », contenant les lettres échangées avec les hommes de sa vie, elle se souvient et raconte, avec la complicité de Judith Pérignon, l’histoire de l’amour après (les camps).

Avec sincérité, elle dit la difficulté pour la « fille de Birkenau » de renouer avec la vie quand une part de soi-même flirte encore avec la mort. Le livre s’ouvre sur une scène forte, où celle qui se considère déjà comme une femme âgée perd la vue à Jérusalem et trouve un jeune homme pour la faire danser. Mais, pour en arriver là, le chemin fut long, pour Marceline qui dit sans retenue « Mon corps était sec. Rien n’a jamais germé en moi ».

Au fil du récit, apparaissent les amants, le mari, le compagnon, mais aussi les lettres des amies qui racontent aussi leurs amours après. Elle « laisse faire, consentante et raide comme avec les autres hommes », et la découverte du plaisir et de son emballement se mêle à la mémoire des tentatives de viol et des violences au camp.

Marceline garde la mémoire de ce moment « suspendu entre plaisir et terreur ». Jeune fille, certes, mais survivante aussi, ce que ne veulent pas voir ni penser ceux qui veulent la séduire. Jeune fille qui ment donc pour se conformer aux attentes, pour faire bonne figure. Des deux femmes en elle, qui est « la vraie Marceline  » ? Celle qui vend L’Huma en manteau d’astrakan ? Sur ce dédoublement s’origine le divorce d’avec son mari.

Bouleversant aussi, son témoignage sur Simone, Simone Veil, sa grand amie qu’elle a vu mourir avant elle. Les chiffres additionnés de leurs matricules tatoués sur leurs bras font 9 et « 99 femmes nous séparent sur les registres du camp ». Ces deux femmes, n’appartenant pas au même monde mais partageant la même expérience fondatrice des camps, ont « remisé (leurs) différences au rayon des apparences et ne (se sont) plus jamais quittées ».

Bouleversant encore la place particulière de Joris, dont les « petits mots sont rangés dans les tiroirs d’une commode », Joris, son « grand amour ». « Deux lits, deux chambres, pouvoir être seul, pouvoir être deux. Faire l’amour n’était qu’une composante parmi d’autres de notre amour. Mon corps n’était plus un enjeu, enfin. Et doucement, à ses côtés, la jeune fille et la survivante ne firent plus qu’une seule ».

Marceline Loridan-Ivens nous a laissé ce récit d’une réconciliation intérieure, permettant grâce à la rencontre avec Joris Ivens, de dépasser les déchirements personnels créés par la violence insoutenable de l’histoire.

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Editions Grasset, Babel, janvier 2018, ISBN 978-22-468-1243-2, 16€

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