Chronique : Jean-Louis Comolli, « Une terrasse en Algérie »

Jean-Louis Comolli, Une terrasse en Algérie, Les Rivages d'Onitsha

Chronique : Jean-Louis Comolli, « Une terrasse en Algérie »

Chronique du roman « Une terrasse en Algérie » :

Il y a, dans une vie, des scènes fondatrices. Pour le narrateur de ce récit à la première personne où les noms et prénoms ont été changés, mais où « tout le reste est véridique, lieux, situations, actions, phrases et formules », c’est sans doute le jour, où, au seuil de l’adolescence, rentrant de la plage en plein été, il perçoit pour la première fois la violence coloniale dans toute son obscénité. Il faut dire que le colonel Aussaresses est à la manoeuvre.

Jean-Louis Comolli se souvient et nous fait partager, soixante ans après, ses souvenirs de Philippeville, Bougie et Alger. La plage, la terrasse de l’Excelsior, la guerre a commencé, mais on l’ignore, comme on ignore ces figurants que sont « les arabes » pour les pieds noirs. Ce travail de mémoire s’accomplit avec, en contrepoint, la mémoire qui s’en va de Marianne, la compagne de Jean-Louis, mémoire où, fugitivement affleure le souvenir d’une petite voisine arabe, d’un mot arabe qu’elle lui a appris.

Déconstruction lucide et sans concession de l’idéologie pied noir, du mythe de l’Algérie française, témoignage de l’intérieur sur ces années cinquante, marquées par la rencontre décisive pour lui dans la maison de la presse de Philippeville avec Les Cahiers du cinéma, ce récit d’apprentissage est aussi celui de toute une génération, de sa fureur de vivre dans le déni, yeux et oreilles fermés à la réalité voisine de la guerre, comme déjà ailleurs.

Ce que fut l’Algérie de ce temps-là, un exemple sans précédent dans l’histoire de mélange entre les peuples, les langues, le Nord et le Sud, qui aurait pu être porteurs d’espoir, mais ne le fut que de haine, par refus du métissage, ce que fut ce temps-là aussi, d’avant la télévision, des camions Citroën couverts d’affiches Orangina, du cirque Amar, des disques de jazz en vinyle, de Gérard Philipe sur l’écran de l’Eden cinéma, des allers et retours sur la place Marqué, palpite dans ces pages, où s’imprime l’empreinte sur l’Algérie de la Méditerranée, que Camus a si bien célébrée.

Jean-Louis Comolli, homme de cinéma, évoque le hors champ, ce que la caméra voit et révèle que nous n’avons pas vu, et perçoit la mémoire comme un film qui aurait enregistré une part de présent duquel nous fûmes absents. Le rêve de Camus balayé par les horreurs de la guerre, Jean-Louis Comolli comme tant d’autres, a quitté l’Algérie qu’ils connaissait moins bien qu’il ne connaît la France aujourd’hui : ce livre répond aussi à la nécessité de dire que l’Algérie reste le pays qu’il aime.

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Edition Verdier, janvier 2018, ISBN 978-2-86-432-961-9 , 14€

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