Chronique Eric Vuillard, « 14 Juillet »

Eric Vuillard, 14 juillet, Les Rivages d'Onitsha

Chronique Eric Vuillard, « 14 Juillet »

Chronique du roman « 14 Juillet » :

Pour ceux à qui le prix Goncourt 2017, décerné à Eric Vuillard pour L’Ordre du jour, a fait découvrir la manière et la matière d’Eric Vuillard, la publication dans une collection de poche de son précédent opus, 14 Juillet, offre l’occasion de se familiariser un peu plus avec l’originalité de son écriture, et de chacune de ses œuvres.

Le titre 14 Juillet parle immédiatement à tout potentiel lecteur français. En même temps, le ton est donné dès le titre du premier chapitre et l’incipit de la quatrième de couverture : « Tout commence par une folie. Le 28 avril 1789, quelques jours avant l’ouverture des états généraux, les ouvriers de la manufacture royale, menacés d’une baisse de salaire, mettent à sac la folie Titon. » On joue sur le mot folie, le peuple est un personnage collectif essentiel, composé de personnalités dont l’auteur a recherché ce que l’on a retenu d’eux, et tout d’abord les noms.

Ces gens qui ne sont rien sont les héros d’une journée fondatrice de notre république. On est loin de l’épopée allégorique de la Liberté guidant le peuple peinte par Delacroix pour évoquer une révolution ultérieure. Eric Vuillard s’attache à suivre au plus près de leurs gestes, de leurs propos, de leurs impressions, leur contribution à un mouvement collectif qui les entraîne.

A propos de la journée du 28 avril, il écrit : « Des milliers d’hommes et de femmes, d’enfants, saccagèrent le palais. Ils voulaient faire chanter les lustres, ils voulaient danser parmi les voilettes, mais surtout ils désiraient savoir jusqu’où l’on peut aller, ce qu’une multitude si nombreuse peut faire ».

Pour Eric Vuillard, il y a bien une conscience collective et non les débordements instinctifs d’une populace abrutie caricaturée par certains historiens monarchistes. Il donne un nom à ce peuple d’ouvriers et de chômeurs qui prend conscience de sa force, quand on nous enseigne plutôt « le règne de chaque roi, ses épisodes… Mais on ne nous raconte jamais ces pauvres filles venues de Sologne et de Picardie, toutes ces jolies femmes, mordues par la misère et parties en malle poste, avec un simple ballot de frusques ». Eric Vuillard écrit « leur fable amère » ; pendant la nuit du 13 au 14, « ce sont des vagabonds d’une physionomie effrayante, disent les chroniqueurs. Des bandes de bourgeois circulent pour rétablir l’ordre ; et on pendit aux lanternes quelques pauvres, çà et là, qu’on achevait à coups de fusil ».

Ce récit est donc une contre histoire, vécue à hauteur d’homme et de femme du peuple, chacun(e) saisi(e) dans sa singularité. Et la prise de la Bastille est donc bien le résultat de cet élan populaire, de ce déluge humain contre lequel les manœuvres des bourgeois de l’hôtel de ville ou les tirs de la garnison de son gouverneur, des troupes du roi sont impuissants. Eric Vuillard évoque les milliers de récits qui le jour même crépitent, circulent, s’épanouissent. « Et ce soir-là, les marquises dormirent très mal, les libertins n’allèrent pas au tripot, et les carrosses restèrent à la remise ».

Il suffit de peu de mots à Eric Vuillard pour faire percevoir ce qui se joue dans une scène au commissariat : « le clerc leur demanda s’ils avaient bien reconnu leur parent. Ils répondirent que oui. Une fois que l’acte fut rédigé, il leur en donna lecture (…) Après quoi le clerc releva la tête et leur demanda de bien vouloir signer le document. Ils ne savaient pas écrire ».

Le regard de l’auteur sur le peuple parisien n’est ni ironique ni condescendant, pas plus qu’il n’est hagiographique ou convenu. Ce que montre son récit, c’est la capacité de ce peuple à changer la réalité : « enfin, par une idée saugrenue et sublime, les foules allèrent jusqu’à forcer les portes des théâtres. Elles pénétrèrent les magasins d’accessoires et firent de leurs répliques de scènes de véritables armes (…). Les fausses épées devinrent de vrais bâtons. La réalité dépouilla la fiction. Tout devint vrai ».

Et comment ne pas lire dans la fin du récit l’idée réconfortante de reconstituer un « nous » au présent : « Oui, on devrait parfois, lorsque le temps est par trop gris, lorsque l’horizon est par trop morne, ouvrir les tiroirs, briser les vitres à coups de pierres et jeter les papiers par la fenêtre (…) Ce serait beau, drôle et réjouissant. Nous les regarderions tomber, heureux, et se défaire, feuilles volantes, très loin de leurs tremblements de ténèbres ». Telle pourrait être aussi pour nous le sens de ce 14 Juillet du peuple parisien.

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Ce livre de l’auteur de «L’Ordre du jour», Eric Vuillard, prix Goncourt 2017, raconte un moment historique, où la fête nationale du 14 Juillet retrouve sa grandeur mouvementée. Cette chronique vous a plu ? Vous avez envie de découvrir ce livre de littérature générale ? N’attendez plus et commandez-le directement auprès de votre libraire indépendant (Roanne), Les Rivages d’Onitsha.

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Editions Actes Sud, Babel, août 2018, ISBN 978-23-300-9611-3, 7.80€

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