Chronique : Edouard Louis, « Qui a tué mon père »

Edouard Louis, Qui a tué mon père, Les Rivages d'Onitsha

Chronique : Edouard Louis, « Qui a tué mon père »

Chronique du roman « Qui a tué mon père » :

C’est le quatrième opus d’Edouard Louis. Le premier, paru en 2013, est consacré à Pierre Bourdieu, le deuxième, véritable coup de force littéraire en 2014, « En finir avec Eddy Bellegueule », entamant une série, décrits de confrontation autobiographiques, suivi en 2016 par Histoire de la violence.

Avec le livre « Qui a tué mon père », Edouard Louis revient sur un personnage important d’ »En finir avec Eddy Bellegueule ». A un autre
moment de sa vie. Ce père qu’il a quitté pour partir faire des études, il le retrouve des années plus tard.

L’ouvrage commence par ce qui pourrait être une didascalie si ce texte était théâtral, qui donne toute la portée de cette absence de dialogue et de communication entre le père et le fils : «parfois leurs peaux se touchent, ils entrent en contact, mais même là, dans ces moments-là, ils restent absents l’un de l’autre».

Toute la violence aussi : « le fait que seul le fils parle et seulement lui est une chose violente pour eux deux : le père est privé de raconter sa propre vie et le fils voudrait une réponse qu’il n’obtiendra jamais». Dans ce texte, Edouard Louis accuse. Ils nomment tous ceux qui, responsables politiques depuis le début des années 2000, ont déremboursé certains médicaments, ont remplacé le RMI par le RSA pour obliger les « assistés » à travailler, facilité les licenciements et dérégulé le travail. L’actuel président de la République, s’en prenant aux « fainéants », continue la chaîne de l’humiliation des pauvres par ceux qui ont le pouvoir et la fortune. Mais son texte est bien autre chose qu’un texte politique. C’est bien de littérature aussi qu’il s’agit, littérature à impact politique certes, mais dont l’impact est d’autant plus fort et subtil qu’il se nourrit des richesses de l’expérience intime.

Ce père, attaché au modèle de la masculinité, modèle contre lequel le fils a construit son identité dans la souffrance, est aussi, aux dires de la mère, un homme qui se parfumait comme aucun autre homme, un homme qui aimait chanter Céline Dion en voiture avec son fils, un homme qui a su dire aussi à son fils « toi, tu es un sacré gamin, je ne sais pas comment j’ai réussi à en faire un comme toi ». Ce père aurait pu avoir une autre vie, et il n’a pu en voler que des bribes. Pour être fidèle à l’image dominante de la masculinité, il est a quitté l’école au plus vite, pour aller à l’usine où son dos a été broyé.

L’interpellation, posée par Edouard Louis, à l’égard d’une société où l’histoire politique détruit les plus faibles en protégeant les privilégiés, est forte, mais révèle aussi la complexité de la relation entre ce fils et ce père, la finesse de ce qui est témoigné à la dérobée dans les interstices d’un silence pesant. Elles dessinent, contrairement à tout déterminisme sociologique, une vison optimiste : ce père pour qui tout le mal venait des étrangers et des homosexuels, a changé en dialoguant avec son fils. Il est fier de ce qu’il écrit, et de ce qu’il est devenu. La dernière parole du père à son fils et qui clôt le récit est forte « Tu as raison. Tu as raison, je crois qu’il faudrait une bonne révolution ».

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Edition Seuil, mai 2018, ISBN 978 20 213 9943 1 , 12€

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