Andrea Salajova, En montant plus haut, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « En montant plus haut » : Tchécoslovaquie années 50… Après la guerre, le pays est devenu une République socialiste, éliminant les opposants bourgeois ou industriels pour mettre en place une économie communiste aidée en cela par le grand frère russe. La collectivisation des terres a été plus lente, les paysans refusant de céder leurs propriétés. C’est dans ce contexte que Jolana Kuhotova est envoyée en mission dans un village de montagne qui refuse violemment la mise en place d’une coopérative agricole. Ancienne résistante au nazisme, elle est soupçonnée de trahison envers le peuple et cette mission est une mise à l’épreuve ; sa vieLire la suite

Jérôme Ferrari, A son image, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « À son image » : Ce serait sans doute une facilité d’écrire que le récit de Jérôme Ferrari est polyphonique, même si le chant corse polyphonique de la messe de Requiem structure ses 12 chapitres, jusqu’à l’absoute. Mais en tissant l’histoire corse et des combats nationalistes à celle des déchirements en ex-Yougoslavie et en Irak, et celle de la photographie, et les histoires individuelles des personnages du roman, et une réflexion continue sur le sens de la photographie, obscénité ou inanité des images vs obscénité ou inanité du monde, ce récit offre au lecteur une réflexion incarnée à travers son héroïne et sesLire la suite

Luis Sepulveda, Histoire d'un chien mapuche, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Histoire d’un chien mapuche » : Il est des œuvres qui transcendent les cloisonnements faciles entre littérature et littérature de jeunesse. Ce n’est pas parce qu’un texte est illustré de dessins qu’il est destiné aux enfants. Ce n’est pas non plus parce qu’un texte est accessible aux enfants et peut leur être raconté, qu’il n’est destiné qu’à eux seuls. C’est notamment le cas d’auteurs qui écrivent aussi bien pour la jeunesse que pour tous les lecteurs, comme J-M-G Le Clezio, ou Luis Sepùlveda. « L’histoire d’un chien mapuche », illustrée par les dessins de Joëlle Jolivet, en est un bel exemple. Un livre autant pourLire la suite

Marceline Loridan-Ivens, L'amour après, librairie dans la Loire

Chronique du roman « L’amour après » : Elle a publié ce livre l’année même de sa mort. Actrice, scénariste, réalisatrice, celle qui fut la compagne et collaboratrice de Joris Ivens, fut d’abord une jeune déportée revenue de l’enfer des camps nazis. Retrouvant à 89 ans sa « valise d’amour », contenant les lettres échangées avec les hommes de sa vie, elle se souvient et raconte, avec la complicité de Judith Pérignon, l’histoire de l’amour après (les camps). Avec sincérité, elle dit la difficulté pour la « fille de Birkenau » de renouer avec la vie quand une part de soi-même flirte encore avec la mort. Le livre s’ouvre sur uneLire la suite

Eric Vuillard, 14 juillet, libraire indépendant Roanne

Chronique du roman « 14 Juillet » : Pour ceux à qui le prix Goncourt 2017, décerné à Eric Vuillard pour L’Ordre du jour, a fait découvrir la manière et la matière d’Eric Vuillard, la publication dans une collection de poche de son précédent opus, 14 Juillet, offre l’occasion de se familiariser un peu plus avec l’originalité de son écriture, et de chacune de ses œuvres. Le titre 14 Juillet parle immédiatement à tout potentiel lecteur français. En même temps, le ton est donné dès le titre du premier chapitre et l’incipit de la quatrième de couverture : « Tout commence par une folie. Le 28 avril 1789, quelquesLire la suite

Pierre Ducrozet, Eroica, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Eroica » : On a écrit, ici même, tout le bien qu’on pensait de L’invention des corps de Pierre Ducrozet, publié en 2017. La publication en poche d’Eroica est l’occasion de revenir sur cette œuvre publiée en 2015 chez Grasset et Fasquelle. Bien que leur objet soit complètement différent, on est frappé par ce qui constitue sans doute des lignes de force du travail littéraire de Pierre Ducrozet. On pense d’abord à un regard acéré sur la (post-) modernité, technologique dans L’invention des corps, artistique dans Eroica. En lien sans doute avec cette modernité, et avec l’âge de l’auteur, une attention vive portéeLire la suite

René Guitton, Arthur et Paul, la déchirure, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Arthur et Paul, la déchirure » : En 1995, Gallimard publiait Verlaine d’ardoise et de pluie de Guy Goffette, dans sa collection L’un et l’autre, destinée à des « récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle ». L’auteur écrivait : « Parce qu’un poète, c’est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et traînant dans sa langue une terre d’exil, un paradis d’échos ». En entament la lecture de Arthur et Paul, la déchirure, on peut se demander à combien de lieues de la biographie traditionnelle se tiendra l’auteur, et si son récit confirmera l’idée qu’ « un poète, c’est toujours un pays qui marche ». EnLire la suite

Nathalie Piégay, Une femme invisible, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Une femme invisible » : De La femme rompue de Simone de Beauvoir à La femme gelée d’Annie Ernaux, les titres ne manquent pas, ceux qui évoquent d’une manière explicite la situation inégale de la femme. Avec Une femme invisible, Nathalie Piegay semble s’inscrire dans cette lignée littéraire. Mais, si la vie de Marguerite Toucas-Massillon est un révélateur puissant de la condition féminine à la fin du 19eme et dans la première moitié du 20eme siècle, l’enquête que l’auteure mène à son propos en est un autre : pourquoi connaît-on si mal l’existence de celle qui fut une traductrice et une écrivaine de littératureLire la suite

Isabel Allende, Cuentos de Eva Luna, Les rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Cuentos de Eva Luna » : Pour ceux qui ont envie de lire en espagnol sans le maîtriser complètement, ce petit recueil de six contes annoté en espagnol est un petit régal. La plupart sont construits autour d’un personnage féminin dont le destin ou le choix de vie a forgé une personnalité originale, sinon hors du commun. Ce sont des battantes qui ont acquis une place centrale dans leur petite communauté par un talent particulier. L’une, autodidacte, vend des paroles magiques capables de séduire un guérillero endurci. Une autre dirige elle-même son grand domaine agricole. L’une est maîtresse d’école, l’autre danse à la perfection. L’une s’invente un amour romanesque,Lire la suite

Isabel Allende, Más allá del invierno, Librairie Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Más allá del invierno » : Isabel Allende commence toujours à écrire ses romans un 8 janvier. Les grandes lignes de celui-ci lui avaient été fournies lors d’un déjeuner familial au Noël précédent. Or, en janvier 2016, alors qu’elle entame celui-ci, la tempête Jonas, l’une des plus violentes qu’ait connues les Etats-Unis, paralyse la ville de New York. C’est à ce moment qu’elle fait débuter l’histoire. Un universitaire vieillissant, qui a organisé sa vie au millimètre près afin d’éviter désormais tout désagrément et se contente de la compagnie de ses chats, est contraint d’affronter les intempéries pour conduire l’un d’eux dans une clinique vétérinaire. Sa voiture dérape et le petit chocLire la suite