Pieeric Bailly, L'homme des bois, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « L’homme des bois » : Certains de nos meilleurs écrivains savent aussi évoquer mieux que personne le terroir qu’ils reconnaissent pour leur. On pense comme exemple emblématique à Pierre Bergounioux évoquant les eaux, les terres et les reliefs du pays de Brive. De Pierric Bailly, on retiendra aussi qu’il écrit le Jura, ses villages, ses reculées, ses forêts, ses entreprises de bois et de plastique, sa sociabilité, ses luttes sociales et environnementales, avec un trait on ne peut plus juste. L’homme des bois est aussi en quelque sorte un dictionnaire amoureux du Jura. On commence par là, parce que, si ce récit respireLire la suite

Kamel Daoud, Le peintre dévorant la femme, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Le peintre dévorant la femme » : Parmi les idées reçues sur Picasso, si l’on en croit Isabelle de Maison Rouge, auteure de l’ouvrage consacré au peintre dans la collection Idées reçues publiée par Le Cavalier bleu, « Picasso était un obsédé sexuel », « Picasso était un monstre avec les femmes et sa famille », « il mélangeait constamment sa vie et son œuvre ». Le lecteur qui découvre le titre du dernier ouvrage de Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme », écrit à la suite de sa nuit passée au musée Picasso, ne peut manquer de faire le lien entre ces idées reçues et ce titre. MaisLire la suite

Andrea Salajova, En montant plus haut, Les rivages d'Onitsha

Chronique du roman « En montant plus haut » : Tchécoslovaquie années 50… Après la guerre, le pays est devenu une République socialiste, éliminant les opposants bourgeois ou industriels pour mettre en place une économie communiste aidée en cela par le grand frère russe. La collectivisation des terres a été plus lente, les paysans refusant de céder leurs propriétés. C’est dans ce contexte que Jolana Kuhotova est envoyée en mission dans un village de montagne qui refuse violemment la mise en place d’une coopérative agricole. Ancienne résistante au nazisme, elle est soupçonnée de trahison envers le peuple et cette mission est une mise à l’épreuve ; sa vieLire la suite

Jérôme Ferrari, A son image, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « À son image » : Ce serait sans doute une facilité d’écrire que le récit de Jérôme Ferrari est polyphonique, même si le chant corse polyphonique de la messe de Requiem structure ses 12 chapitres, jusqu’à l’absoute. Mais en tissant l’histoire corse et des combats nationalistes à celle des déchirements en ex-Yougoslavie et en Irak, et celle de la photographie, et les histoires individuelles des personnages du roman, et une réflexion continue sur le sens de la photographie, obscénité ou inanité des images vs obscénité ou inanité du monde, ce récit offre au lecteur une réflexion incarnée à travers son héroïne et sesLire la suite

Luis Sepulveda, Histoire d'un chien mapuche, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Histoire d’un chien mapuche » : Il est des œuvres qui transcendent les cloisonnements faciles entre littérature et littérature de jeunesse. Ce n’est pas parce qu’un texte est illustré de dessins qu’il est destiné aux enfants. Ce n’est pas non plus parce qu’un texte est accessible aux enfants et peut leur être raconté, qu’il n’est destiné qu’à eux seuls. C’est notamment le cas d’auteurs qui écrivent aussi bien pour la jeunesse que pour tous les lecteurs, comme J-M-G Le Clezio, ou Luis Sepùlveda. « L’histoire d’un chien mapuche », illustrée par les dessins de Joëlle Jolivet, en est un bel exemple. Un livre autant pourLire la suite

Marceline Loridan-Ivens, L'amour après, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « L’amour après » : Elle a publié ce livre l’année même de sa mort. Actrice, scénariste, réalisatrice, celle qui fut la compagne et collaboratrice de Joris Ivens, fut d’abord une jeune déportée revenue de l’enfer des camps nazis. Retrouvant à 89 ans sa « valise d’amour », contenant les lettres échangées avec les hommes de sa vie, elle se souvient et raconte, avec la complicité de Judith Pérignon, l’histoire de l’amour après (les camps). Avec sincérité, elle dit la difficulté pour la « fille de Birkenau » de renouer avec la vie quand une part de soi-même flirte encore avec la mort. Le livre s’ouvre sur uneLire la suite

Eric Vuillard, 14 juillet, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « 14 Juillet » : Pour ceux à qui le prix Goncourt 2017, décerné à Eric Vuillard pour L’Ordre du jour, a fait découvrir la manière et la matière d’Eric Vuillard, la publication dans une collection de poche de son précédent opus, 14 Juillet, offre l’occasion de se familiariser un peu plus avec l’originalité de son écriture, et de chacune de ses œuvres. Le titre 14 Juillet parle immédiatement à tout potentiel lecteur français. En même temps, le ton est donné dès le titre du premier chapitre et l’incipit de la quatrième de couverture : « Tout commence par une folie. Le 28 avril 1789, quelquesLire la suite

Pierre Ducrozet, Eroica, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Eroica » : On a écrit, ici même, tout le bien qu’on pensait de L’invention des corps de Pierre Ducrozet, publié en 2017. La publication en poche d’Eroica est l’occasion de revenir sur cette œuvre publiée en 2015 chez Grasset et Fasquelle. Bien que leur objet soit complètement différent, on est frappé par ce qui constitue sans doute des lignes de force du travail littéraire de Pierre Ducrozet. On pense d’abord à un regard acéré sur la (post-) modernité, technologique dans L’invention des corps, artistique dans Eroica. En lien sans doute avec cette modernité, et avec l’âge de l’auteur, une attention vive portéeLire la suite

René Guitton, Arthur et Paul la déchirure, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Arthur et Paul, la déchirure » : En 1995, Gallimard publiait Verlaine d’ardoise et de pluie de Guy Goffette, dans sa collection L’un et l’autre, destinée à des « récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle ». L’auteur écrivait : « Parce qu’un poète, c’est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et traînant dans sa langue une terre d’exil, un paradis d’échos ». En entament la lecture de Arthur et Paul, la déchirure, on peut se demander à combien de lieues de la biographie traditionnelle se tiendra l’auteur, et si son récit confirmera l’idée qu’ « un poète, c’est toujours un pays qui marche ». EnLire la suite

Nathalie Piegay, Une femme invisible, Les Rivages d'Onitsha

Chronique du roman « Une femme invisible » : De La femme rompue de Simone de Beauvoir à La femme gelée d’Annie Ernaux, les titres ne manquent pas, ceux qui évoquent d’une manière explicite la situation inégale de la femme. Avec Une femme invisible, Nathalie Piegay semble s’inscrire dans cette lignée littéraire. Mais, si la vie de Marguerite Toucas-Massillon est un révélateur puissant de la condition féminine à la fin du 19eme et dans la première moitié du 20eme siècle, l’enquête que l’auteure mène à son propos en est un autre : pourquoi connaît-on si mal l’existence de celle qui fut une traductrice et une écrivaine de littératureLire la suite